Certification périodique des professionnels de santé : et si vous étiez déjà prêts ?
Instaurée par ordonnance en 2021 et rendue applicable par les décrets publiés le 26 décembre 2025, la certification périodique concerne désormais l’ensemble des professionnels de santé, dont les infirmières et infirmiers libéraux. À travers cette réforme, les pouvoirs publics entendent structurer le maintien des compétences et renforcer la qualité des prises en charge. Mais derrière ce cadre réglementaire, que recouvre concrètement cette certification pour les professionnels de santé ? Gregory Lepee, Président du Conseil national des professionnels infirmiers (CNPI), en précise les contours.
Un cadre structuré sur plusieurs années
La certification périodique repose sur un cycle de six ans, au cours duquel chaque professionnel doit valider huit actions, réparties équitablement sur quatre axes, soit deux actions par axe. Toutefois, une période transitoire est prévue pour les professionnels diplômés avant le 1er janvier 2023, avec un premier cycle étendu à neuf ans.
Si le dispositif peut sembler exigeant, il ne constitue pas une rupture avec les pratiques existantes. « Les infirmiers libéraux réalisent déjà une grande partie des actions attendues, souvent sans en avoir conscience », souligne Gregory Lepee. L’enjeu principal réside donc dans la formalisation et la traçabilité des actions déjà réalisées.
Quatre axes au plus près du terrain
La certification s’organise autour de quatre axes qui couvrent l’ensemble de l’exercice.
Axe 1 : Actualiser les connaissances et les compétences
Cet axe vise à garantir une mise à jour régulière des savoirs et des compétences. Il ne se limite pas aux connaissances techniques, mais intègre également le raisonnement clinique, la capacité à rechercher et analyser l’information scientifique, ainsi que des compétences en management, en numérique ou encore en utilisation de l’intelligence artificielle. Voici quelques exemples concrets d’actions pouvant être réalisées :
- Suivre une ou plusieurs formations
- Participer à une ou plusieurs journées professionnelles
- Transmettre des savoirs professionnels
Axe 2 : Renforcer la qualité des pratiques professionnelles
Cet axe repose sur une logique d’évaluation et d’amélioration continue des pratiques. Il s’agit d’ancrer davantage les soins dans une culture de qualité, de sécurité et de gestion des risques. Voici quelques exemples d’actions :
- Implication dans l’organisation de l’exercice pluriprofessionnel
- Initiation et/ou participation à une ou des actions de transmissions des pratiques professionnelles
- Initiation et/ou participation à une ou plusieurs actions de gestion des risques (humains, sociaux, juridiques, financiers, techniques …)
Axe 3 : Améliorer la relation avec les personnes soignées
Cet axe souligne l’importance de la relation soignant-soigné dans la qualité des prises en charge. Il vise à renforcer les compétences relationnelles et à mieux intégrer les droits des patients dans la pratique quotidienne. Quelques exemples d’actions :
- Participation à une ou plusieurs formations pour améliorer la relation avec la personne soignée et son entourage
- Implication dans des actions participant à l’amélioration de la relation avec les personnes soignées et leurs aidants
- Initiation et/ou participation à une ou plusieurs actions d’analyse clinique en lien avec le raisonnement professionnel
Axe 4 : Mieux prendre en compte la santé personnelle des professionnels de santé
Cet axe introduit une dimension encore trop peu investie dans les parcours professionnels : la santé des soignants. Il vise à mieux identifier les risques liés à l’exercice et à développer des stratégies pour les prévenir. Exemples d’actions pouvant être réalisées :
- Initiation et/ou participation à une ou plusieurs actions pour prendre soin de soi
- Initiation et/ou participation à une ou plusieurs actions de gestion des risques contribuant à la santé personnelle (la mienne, celle de mon équipe)
- Initiation et/ou participation à une ou plusieurs actions d’analyse clinique en lien avec la santé
Pour plus de détails, retrouvez l’ensemble des items dans le référentiel.
Une logique de traçabilité
La certification périodique ne repose pas uniquement sur la réalisation d’actions, mais sur leur justification. Une plateforme dédiée, « Ma certif’pro santé », doit permettre de centraliser l’ensemble des justificatifs. Sa mise en service est attendue d’ici fin 2026 ou début 2027.
À terme, certains organismes de formation pourront transmettre directement les attestations. En attendant, il est préférable de conserver tous les documents attestant des actions réalisées : attestations de formation, participations à des réunions, engagements dans des projets professionnels… En effet, le premier cycle a débuté le 1er janvier 2023, pour le valider, il sera donc possible de récupérer des justificatifs datant de ces trois dernières années.
Une obligation encadrée
La certification périodique constitue une obligation légale. L’Ordre national des infirmiers sera chargé d’en assurer le contrôle et pourra prononcer des sanctions en cas de non-respect des exigences. Quant au CNPI, il sera là pour accompagner les infirmières et infirmiers libéraux dans la réalisation de leurs actions.
Au-delà de cette contrainte réglementaire, la certification périodique invite à porter un regard différent sur son exercice. Elle ne transforme pas fondamentalement les pratiques, mais impose un suivi, une structure et une certaine visibilité. Elle rappelle aussi, et c’est sans doute l’un des apports les plus significatifs de la certification, que la qualité des soins passe également par la capacité des professionnels de santé à prendre soin d’eux-mêmes. « L’un des intérêts majeurs de cette certification est l’axe n°4, celui du suivi de la santé personnelle, car les professionnels de santé ont tendance à s’oublier », conclut Gregory Lepee.
