ESCAP : un dispositif qui prend forme
L’Équipe de Soins Coordonnée Avec le Patient (ESCAP) n’est plus un concept théorique. Après plusieurs mois de préparation, le dispositif entre désormais dans une phase de mise en œuvre progressive, marquée notamment par la mise à disposition d’outils numériques opérationnels. Une étape déterminante pour permettre aux professionnels de santé libéraux, et en particulier aux infirmières et infirmiers libéraux, de s’approprier concrètement cette nouvelle modalité de coordination des soins.
Un dispositif centré sur les besoins réels du patient
L’ESCAP a été pensée pour répondre à une problématique largement partagée sur le terrain : la difficulté à coordonner efficacement les prises en charge de patients présentant des situations complexes, sans multiplier les structures ni alourdir les démarches administratives.
Contrairement à d’autres dispositifs existants, l’ESCAP repose sur une logique simple et pragmatique :
- une coordination organisée autour d’un patient identifié,
- une équipe de soins constituée en fonction des besoins réels,
- une organisation souple, évolutive, sans création de structure juridique.
Le point de départ est l’identification d’un patient nécessitant une coordination renforcée. Un professionnel de santé, infirmier, médecin ou autre, remplit une grille d’inclusion permettant d’objectiver le niveau de complexité de la situation. Lorsque le score est atteint, l’ESCAP peut être activée, avec l’accord du patient, qui indique ses professionnels habituels ou participe éventuellement au choix des professionnels impliqués.
Le dispositif cible :
- les patients polypathologiques chroniques de plus de 65 ans,
- les patients en soins palliatifs,
- les patients diabétiques sous insuline,
- les patients ayant fait un AVC avec une hospitalisation de moins de 1 an
Le dispositif prévoit une rémunération annuelle limitée : 100 € par professionnel de santé pour l’acquisition et l’utilisation de l’outil, ainsi que 100 € supplémentaires pour la participation à au moins cinq ESCAP. À noter également que la participation aux ESCAP permet de valider l’item « exercice coordonné » pour le FAMI / forfait structure.
Des outils désormais disponibles
La mise en œuvre progressive de l’ESCAP s’appuie désormais sur des outils numériques opérationnels, indispensables pour permettre aux professionnels de santé libéraux de s’engager concrètement dans le dispositif.
Une application numérique dédiée permet aujourd’hui de :
- renseigner la grille d’inclusion ESCAP,
- structurer l’équipe de soins autour du patient,
- faciliter les échanges sécurisés entre professionnels impliqués.
L’utilisation d’un outil commun à l’ensemble de l’équipe est une condition essentielle au bon fonctionnement de l’ESCAP, afin d’assurer une coordination fluide et une traçabilité des échanges.
Plusieurs solutions sont d’ores et déjà disponibles ou en cours de déploiement. Au niveau national, des plateformes comme CITANA intègrent des fonctionnalités compatibles avec l’ESCAP. La mise à disposition d’une version gratuite pour les professionnels de santé permet, a minima, de créer une ESCAP et d’assurer les échanges entre les professionnels impliqués (dossier patient partagé, cahier de liaison, messagerie sécurisée). Une version payante, le plus souvent financée par une CPTS ou par un établissement de santé, permet d’aller plus loin, notamment en réalisant des téléconsultations.
Parallèlement, certaines régions avancent sur l’intégration du dispositif dans leurs outils territoriaux, comme Norm’Uni en Normandie, MonSisra en Auvergne-Rhône-Alpes et plus récemment Paaco-globule en Nouvelle Aquitaine.
Cette approche vise à s’appuyer sur les outils existants plutôt que de multiplier de nouvelles solutions numériques.
La mise à disposition progressive des outils marque une étape clé dans le déploiement de l’ESCAP. Le dispositif entre désormais dans une phase plus opérationnelle, ouvrant la voie à une coordination renforcée autour des patients aux besoins complexes. Pour les infirmières et infirmiers libéraux, l’ESCAP constitue une opportunité concrète d’améliorer les parcours de soins, tout en s’inscrivant dans des pratiques de coordination souples et adaptées au terrain. Le dispositif reste toutefois expérimental et sera amené à évoluer au fur et à mesure des remontées de terrain.