Résilience des infirmières et infirmiers libéraux : faire face aux événements climatiques

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Cyclones, inondations, tempêtes… Les évènements climatiques extrêmes se multiplient et frappent désormais tous les territoires. Au cœur de ces crises, les infirmières et infirmiers libéraux restent souvent parmi les derniers maillons du système de santé à maintenir une continuité des soins auprès des patients les plus fragiles.

À Mayotte et en métropole, plusieurs professionnels ont accepté de témoigner pour raconter l’envers du décor : routes impraticables, absence d’eau ou d’électricité, patients isolés, fatigue physique et psychologique… mais aussi solidarité, capacité d’adaptation et engagement collectif.

« On a besoin de nous, mais personne ne se soucie de nous »

Nadhuimati Binti Omar, infirmière libérale à Mayotte

Le traumatisme du cyclone Chido à Mayotte

Pour Nadhuimati Binti Omar, infirmière libérale à Mayotte, le passage du cyclone Chido reste une blessure encore vive. Aujourd’hui encore, l’émotion est palpable lorsqu’elle évoque cette période.

Dès le lendemain du cyclone, malgré les dégâts subis sur sa propre habitation, elle décide de repartir en tournée. « C’est ma conscience professionnelle qui a parlé », confie-t-elle. Une décision difficile alors qu’elle venait de perdre le toit de sa maison.

La première urgence a été de retrouver les patients. Certains avaient rejoint des centres d’hébergement, d’autres s’étaient réfugiés chez des proches. Pour plusieurs d’entre eux, aucune nouvelle pendant plusieurs jours. Les déplacements étaient extrêmement compliqués à cause des routes encombrées de débris, l’accès à certains domiciles a été impossible durant plusieurs jours.

Pendant des mois, les conditions de prise en charge sont restées extrêmement dégradées. Les tournées prenaient un temps interminable. Les difficultés d’accès à l’eau ont aggravé les situations sanitaires. Chez elle, l’eau a été rétablie plus d’un mois et demi après le passage du cyclone. Très vite, les complications se sont multipliées : plaies infectées, risques de gangrène chez des patients diabétiques, épidémies de gastro-entérite, prolifération d’insectes liée à la stagnation de l’eau.

Face à l’urgence, certains soignants ont même avancé eux-mêmes du matériel ou des traitements pour ne pas laisser les patients sans soins. La solidarité entre professionnels s’est organisée naturellement. Lorsqu’un soignant partait dans une zone difficile d’accès, les autres lui demandaient de vérifier si leurs patients étaient bien vivants.

Mais derrière l’engagement professionnel se cache aussi une profonde souffrance psychologique. Nadhuimati Binti Omar évoque un sentiment d’abandon particulièrement difficile à vivre. « On a besoin de nous, mais personne ne se soucie de nous », résume-t-elle.

Aujourd’hui encore, elle souffre de stress post-traumatique : peur lorsque le ciel s’assombrit, troubles du sommeil, irritabilité, fatigue permanente. Elle remercie encore le Sniil d’avoir mis en place un accompagnement psychologique au moment des faits.

Son témoignage rappelle une réalité souvent invisibilisée : lors des catastrophes climatiques, les infirmières et infirmiers libéraux sont eux aussi des victimes, tout en restant pleinement mobilisés auprès des patients.

« Avec l’expérience, on s’organise »

Stéphanie Hersant, infirmière libérale dans les Landes

Dans les Landes, l’organisation du terrain face aux tempêtes

À plusieurs milliers de kilomètres de Mayotte, les réalités climatiques sont différentes, mais les défis demeurent. Stéphanie Hersant, infirmière libérale dans les Landes et présidente de la section Sniil 40, est régulièrement confrontée aux tempêtes qui touchent ce territoire fortement boisé.

Lors d’un épisode particulièrement violent en début d’année, les routes coupées, les arbres tombés et les coupures d’électricité ont profondément perturbé l’organisation des soins. Certains secteurs sont restés sans courant durant plusieurs jours et les réseaux mobiles étaient eux aussi fortement dégradés.

Dans ces situations, la priorité devient rapidement la réorganisation complète des tournées. Les patients isolés, les personnes en soins palliatifs, les patients sous perfusion ou nécessitant des traitements anticoagulants deviennent prioritaires. D’autres soins peuvent être temporairement décalés.

Au fil des années, une véritable organisation territoriale s’est construite. Les infirmiers libéraux travaillent en lien étroit avec les mairies et les services de secours. Les communes recensent les personnes isolées nécessitant une attention particulière, tandis que les pompiers peuvent accompagner les soignants pour accéder à certaines habitations.

Stéphanie Hersant se souvient notamment d’un patient vivant en pleine forêt. Avec l’aide des pompiers pour dégager les arbres tombés sur la route, elle a dû poursuivre le trajet à pied pendant près d’une heure afin d’assurer les soins.

Les horaires de tournée sont également adaptés pour limiter les interventions de nuit sans électricité. Les collègues en repos viennent renforcer les équipes présentes sur le terrain. Dans ces moments-là, les logiques de concurrence entre cabinets disparaissent totalement au profit de l’entraide.

Le travail de préparation réalisé en amont avec les patients joue aussi un rôle essentiel. Les professionnels apprennent à certains patients ou à leurs proches à gérer des situations simples en autonomie : arrêter une pompe, surveiller une glycémie, adapter certains gestes en attendant le passage du soignant.

Pour Stéphanie Hersant, l’expérience permet progressivement d’acquérir des réflexes d’organisation et d’éviter la panique. « On ne se retrouve jamais vraiment seuls dans ces situations », explique-t-elle.

Infirmières, infirmiers libéraux, en première ligne face aux aléas climatiques

Ces témoignages illustrent une réalité de plus en plus prégnante : les infirmières et infirmiers libéraux sont devenus des acteurs essentiels de la résilience des territoires face aux catastrophes climatiques.

Leur capacité d’adaptation, leur connaissance du terrain et leur proximité avec les patients permettent de maintenir une continuité des soins dans des contextes parfois extrêmes. Mais ces crises rappellent également la nécessité de mieux accompagner les Idel, tant sur le plan logistique que psychologique. Car derrière chaque tournée maintenue, il y a aussi des soignants qui, eux aussi, traversent l’épreuve.