Projet d’avenant : les propositions qui ont conduit le Sniil à quitter la table des négociations

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Après huit mois de discussions avec l’Assurance maladie, les négociations conventionnelles autour d’un nouvel avenant arrivent à un moment décisif. La semaine dernière, face aux propositions formulées par l’Assurance maladie, le Sniil a pris la décision de quitter la table des négociations et n’a donc pas participé à la séance de relecture du projet d’avenant qui a eu lieu le 11 mars.

Une décision qui n’a pas été prise à la légère. Les propositions présentées apparaissent aujourd’hui très insuffisantes au regard des responsabilités exercées par les infirmières et infirmiers libéraux et des évolutions attendues de la profession. Pour autant, cette décision ne marque pas une rupture du dialogue. Le Sniil reste disponible pour reprendre les discussions si de nouvelles propositions permettent d’ouvrir des perspectives ambitieuses pour la profession.

Afin que chacun puisse se faire une idée précise de l’état des discussions, voici les principales mesures contenues dans le projet d’avenant actuellement proposé par l’Assurance maladie.

Revalorisation de l’activité

La principale mesure de revalorisation proposée concerne l’acte AMI. L’Assurance maladie, lors de la réunion en bilatéral du 27 février nous a annoncé prévoir une augmentation de 20 centimes d’ici fin 2026, puis 5 centimes supplémentaires d’ici la fin de l’année 2027.

D’autres ajustements sont aussi envisagés dans le cadre du BSI. Le texte prévoit notamment :

  • une revalorisation de la prise en charge des patients complexes avec un score SEGA supérieur ou égal 35 (+3,10 €) ;
  • la création d’un acte de surveillance hebdomadaire valorisé à 10,60 € ;
  • un acte de surveillance pour situation aiguë, coté AMI 1,4 majoré de la MAU, limité à 10 séances par trimestre ;
  • un acte de distribution des traitements pour certains patients atteints de démence ou de troubles délirants, coté AMI 1,48 + MAU ;
  • l’élargissement des voies d’administration des traitements pouvant être réalisés par les infirmiers, notamment par voie orale, topique, ophtalmique, auriculaire, nasale, vaginale ou rectale, et élargissement aux personnes avec des troubles moteurs ou sensoriels.

Le projet prévoit également des ajustements dans la gestion des BSI, notamment l’interdiction de facturation d’AMI le jour d’un BSI, uniquement des actes en AMX et la transformation des règles de cumul pour les actes de diabète avec dérogation art 11B (cumul à taux plein avec un forfait BSI).

La position du Sniil

Le Sniil ne peut se satisfaire de ces propositions de revalorisations. Au-delà de la proposition de revalorisation de l’AMI qui reste largement insuffisante pour faire face à l’inflation ou à la crise du carburant, la CNAM a franchi d’autres lignes rouges concernant la revalorisation du BSI.
Le Sniil a demandé la revalorisation des prises en charge les plus lourdes mais pas sur un critère de score SEGA qui est trop restrictif et ne prend en compte les patients les plus jeunes avec de lourds handicaps.

Concernant la surveillance hebdomadaire, celle-ci doit rester dans le BSI selon le Sniil afin de contrer le risque de retomber dans des difficultés de prescriptions inadaptées mais aussi parce que cela relève de notre rôle propre. En outre, sa rémunération ne peut être inférieur à 13€, comme un forfait BSA.
De plus, la proposition de la CNAM de pouvoir facturer les sondages effectués dans le cadre d’un BSI au-delà du 4e n’est pas acceptable et insuffisante.

Ces éléments ont été argumentés par le Sniil a de nombreuses reprises lors des différents groupes de travail et séances de négociations.

Nouvelles compétences

Les négociations abordent aussi plusieurs évolutions des compétences infirmières. Si ces perspectives témoignent d’une volonté de faire évoluer la profession, leur mise en œuvre reste, pour beaucoup, conditionnée à des textes réglementaires encore attendus.

L’infirmier référent :

Le projet d’avenant évoque d’abord la reconnaissance de l’infirmier référent (IDER). À ce stade, aucune mission spécifique ne serait cependant définie dans l’avenant, le décret encadrant ce nouveau statut n’étant pas encore publié. L’objectif serait, dans un premier temps, de reconnaitre et d’identifier ce rôle au sein de l’organisation des soins.

L’accès direct :

Le texte prévoit l’ouverture d’un accès direct pour certains pansements simples, qui pourraient être réalisés sans prescription préalable. Ces actes seraient cotés AMI 2,02, avec une autonomie complète pour l’infirmier dans la prise en charge.

La consultation infirmière :

La mise en œuvre serait étalée à partir de juillet 2027, afin d’en définir les modalités, les indications et la valorisation dans le cadre de groupes de travail avec les organisations professionnelles. Sa mise en place reste toutefois conditionnée à la publication de textes.

Dans un premier temps, deux types de consultations sont envisagés :

  • une consultation destinée aux patients atteints de diabète de type 2 lors de l’instauration d’une insulinothérapie, afin d’accompagner l’éducation thérapeutique et l’appropriation du traitement qui devrait être mise en place à partir de juillet 2027 ;
  • une consultation de suivi après un bilan de prévention qui devrait être mise en œuvre à partir de janvier 2028.

Ces consultations ne pourraient pas être cumulées avec un acte technique au cours de la même séance. D’autres consultations pourraient être étudiées ultérieurement, notamment autour du retour d’hospitalisation, de la santé mentale ou de la prise en charge des plaies complexes.

La position du Sniil

Le Sniil attend davantage de ces consultations. Avec, notamment, la mise en œuvre d’une consultation plaie avec un accès direct permettant de reconnaitre l’expertise infirmière et de valoriser le pansement en accès direct.

Le Sniil alerte sur le fait que ces consultations sont reconnues dans la loi mais aussi dans le projet d’arrêté « actes et soins ». Leur mise en œuvre ne peut être retardée comme le voudrait la CNAM, les consultations infirmière doivent prendre vie dès 2026.

Les soins non programmés :

Le projet d’avenant prévoit une participation des infirmiers libéraux au dispositif de soins non programmés (SNP). Concrètement, il est envisagé la mise en place de périodes d’astreinte de quatre heures, rémunérées 52 €, entre 20 heures et minuit en semaine, ainsi que du samedi midi au dimanche minuit les week-ends et jours fériés.

La position du Sniil

Ici la ligne rouge pour le Sniil est la mise en place d’une majoration dite de « levée de doute » et non pas de reconnaitre cet acte comme une consultation infirmière. Une fois de plus, on enferme les compétences infirmières dans la dénomination « majoration » à défaut de reconnaitre une consultation.

Remplacement

Le projet d’avenant réaffirme d’abord une règle déjà existante : l’interdiction de l’exercice concomitant entre l’infirmier remplacé et son remplaçant sur un même créneau horaire.

En revanche, plusieurs évolutions sont prévues. Les actes réalisés pendant un remplacement devraient désormais être facturés obligatoirement avec la carte CPS du remplaçant, afin d’assurer une meilleure traçabilité de l’activité. Le texte prévoit également qu’un infirmier ne pourra pas être remplacé par plus de deux remplaçants sur une même période.

Enfin, des seuils d’activité des remplaçants seraient instaurés afin d’éviter les situations pouvant être requalifiées en salariat déguisé. Des dérogations resteraient toutefois possibles dans certaines situations particulières, comme la maladie ou la maternité.

Facturation et outils numériques

Alors que plusieurs évolutions étaient envisagées concernant la facturation et l’organisation administrative de l’activité, seul le dispositif FAMI serait ajusté. L’objectif fixé serait d’atteindre 70 % de facturation en feuilles de soins électroniques (FSE) sécurisées, avec une évolution progressive de cinq points par an jusqu’à 80 %. Un bonus de 100 € pourrait être attribué aux professionnels dépassant les 90 % de FSE sécurisées, tandis qu’un accompagnement serait proposé à ceux qui restent en dessous du seuil de 70 %.

La position du Sniil

Dans le projet d’avenant reçu le 27 février 2026, aucune disposition n’est prévue concernant la simplification ou la dématérialisation des demandes d’accord préalables (DAP) ou le développement d’outils numériques destinés à faciliter la cotation et la prescription.

Cela représente pourtant une urgence pour la profession afin de prévenir du risque d’indus intervenant dans le cadre de documents non réceptionnés par la CPAM et dont la preuve d’envoi incombe à l’Idel.

NGAP

Enfin, le projet d’avenant prévoit plusieurs modifications techniques de la nomenclature. Les articles 11 et 13 de la NGAP seraient abrogés, et un travail de révision et de traçabilité de la nomenclature serait mené sans pour autant avoir une vision sur les délais. Ce qui risque de voir reporter, une fois de plus, des mesures importantes pour la profession.

Le projet d’avenant prend aussi en compte la participation des infirmiers libéraux à la distribution des kits de dépistage du cancer colorectal, avec une rémunération proposée de 2 € pour la remise du kit, et 3 € supplémentaires si le dépistage est effectivement réalisé par le patient, mais aussi de nouvelles modalités de rémunération pour les IPA, ou la mise en place des infirmiers « Equilibre ».

Une décision mûrement réfléchie

Au regard des propositions actuellement formulées, le Sniil estime que le projet d’avenant ne répond pas aux enjeux auxquels la profession est confrontée. Les revalorisations proposées restent limitées et les évolutions prévues ne sont pas à la hauteur des responsabilités assumées quotidiennement par les infirmières et infirmiers libéraux.

Ce décalage apparaît d’autant plus frappant que la loi infirmière et ses textes d’application reconnaissent clairement l’expertise et l’évolution des compétences de la profession. Pourtant, cette reconnaissance se traduit encore trop lentement et de manière trop timide dans les propositions conventionnelles, qu’il s’agisse de la valorisation de l’activité ou de la mise en œuvre concrète des nouvelles compétences.

Dans ces conditions, le Sniil a fait le choix de se retirer des négociations, afin d’envoyer un signal clair : l’avenir de la profession ne peut pas se construire sur des mesures marginales. Le syndicat reste toutefois ouvert au dialogue et prêt à reprendre les discussions si des propositions permettant de traduire réellement les ambitions portées par la loi infirmière sont mises sur la table.