Elus locaux : l’accès aux soins au cœur des préoccupations

accès

Entretien avec Gilles Noël, maire d’une commune rurale de la Nièvre, Président des maires ruraux de la Nièvre et Vice-Président de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) en charge de l’accès aux soins et de la prévention.

Dans les territoires, la question de l’accès aux soins s’impose comme une priorité quotidienne. Si la compétence santé relève de l’État, les maires se retrouvent en première ligne face aux attentes des habitants. À travers cet échange, Gilles Noël éclaire le rôle des élus locaux et souligne la place déterminante des infirmières et infirmiers libéraux dans l’équilibre sanitaire des communes.

Monsieur le Maire, quelle est aujourd’hui la place de la santé dans les préoccupations des élus locaux ?

La santé est devenue l’un des tout premiers sujets portés par les habitants auprès des maires, tous âges confondus. Même si la compétence santé relève de l’État, nous disposons d’une capacité d’initiative locale. Nous pouvons soutenir les investissements dans les structures médicales telles que les maisons de santé, soutenir l’installation de professionnels, financer du matériel comme des équipements de téléconsultation ou faciliter la coordination entre acteurs. Dans les communes rurales, qui représentent 33 % de la population mais couvrent 88 % du territoire, l’accès aux soins est un enjeu d’équité territoriale majeur.

Les inégalités territoriales sont-elles réellement perceptibles au quotidien ?

Oui, très concrètement. En milieu rural, un hôpital se situe en moyenne à une vingtaine de kilomètres. Pour certains soins spécialisés, il faut compter 45 minutes à une heure de trajet. Cela entraîne de la fatigue, des retards de prise en charge et parfois un renoncement aux soins. Nous savons également, selon une étude menée par l’AMRF, qu’un enfant né en milieu rural a en moyenne deux ans d’espérance de vie en moins qu’un enfant né en milieu urbain. Ce chiffre interpelle. Il nous oblige à agir.

Comment les maires peuvent-ils intervenir concrètement ?

À notre échelle, nous travaillons sur plusieurs leviers. D’abord l’attractivité : accueil d’étudiants en médecine, aides au logement, soutien à l’installation, mise en réseau des professionnels. Il est essentiel que les futurs soignants découvrent nos territoires dès leurs études et puissent s’y projeter.
Ensuite la prévention : mise à disposition de locaux communaux, organisation de campagnes de dépistage, actions ciblées auprès des populations. Dans ma commune, nous avons par exemple organisé une opération de dépistage des cancers de la peau avec deux infirmières libérales : 120 personnes ont été vues, une vingtaine d’entre elles ont été orientées vers une consultation spécialisée. Ce type d’initiatives permet des diagnostics précoces et sauve potentiellement des vies.
Enfin, la coordination : échanges avec l’ARS, travail avec l’intercommunalité, le département ou encore la région, coopération avec l’HAD et les EHPAD.

Selon vous, quelle place occupent les infirmières et infirmiers libéraux dans cet écosystème local ?

Une place centrale. Les infirmières et infirmiers libéraux sont souvent les professionnels de santé les plus
présents sur nos territoires. Ils interviennent à domicile, connaissent les familles, perçoivent les fragilités
sociales et sanitaires. Ils disposent d’une connaissance fine du terrain.
Dans les villages, les liens sont directs. Nous nous croisons régulièrement. Il existe une relation de confiance réciproque. Lorsqu’une situation préoccupante émerge (isolement, troubles psychiatriques, difficultés sociales) les Idel peuvent nous alerter. De notre côté, nous pouvons mobiliser les forces de l’ordre, les services sociaux, les pompiers ou d’autres partenaires institutionnels. Cette coopération informelle, mais permanente, est précieuse.

Peut-on parler d’un rôle de coordination assuré par les infirmières et infirmiers libéraux ?

Oui, clairement. Lorsqu’il n’y a plus de médecin sur un territoire, les habitants se tournent naturellement vers l’infirmière libérale. Les Idel assurent une forme de veille sanitaire. Ils repèrent, anticipent, alertent, orientent. Ils contribuent à maintenir un parcours de soins cohérent, notamment pour les personnes âgées qui entrent de plus en plus tard en établissement spécialisé. Le maintien à domicile repose en grande partie sur leur présence. Pour nous, élus locaux, ils sont de véritables référents de proximité.

L’élargissement des compétences des professionnels de santé de proximité est-il une réponse adaptée ?

C’est une évolution positive. Dans des territoires où la ressource médicale est rare, permettre à des professionnels qualifiés d’exercer pleinement leurs compétences participe à fluidifier les parcours de soins et à sécuriser les prises en charge. Cela ne remplace pas les médecins, mais cela permet de répondre
à des besoins immédiats, d’éviter des retards et d’améliorer l’accès aux soins.

Quel message souhaitez-vous adresser aux infirmières et infirmiers libéraux ?

Leur engagement sur les territoires est déterminant. Les maires savent qu’ils peuvent compter sur eux, tout comme ils peuvent compter sur nous. Nous partageons un objectif commun : garantir à nos concitoyens une prise en charge digne, accessible et de qualité. La santé locale repose sur cette coopération de terrain, concrète, quotidienne.
Dans les territoires ruraux, les maires ne se contentent pas d’accompagner les politiques de santé : ils en sont des acteurs déterminants.
Interlocuteurs de proximité, facilitateurs, coordinateurs, porteurs d’actions de prévention, ils structurent concrètement l’organisation sanitaire locale.
Leur action repose sur une coopération étroite avec les acteurs de santé du territoire, dont les infirmières et infirmiers libéraux. Ensemble, ils contribuentà garantir un accès aux soins adapté aux réalités du terrain et aux besoins des habitants.